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Bilan de la journée du 17 octobre 0:00

Margot Haddad. Bonsoir Jean-Luc Mélenchon.

Jean-Luc Mélenchon. Bonsoir.

Margot Haddad. Hier, la France a montré deux visages. D'un côté, des centaines de milliers de personnes mobilisées pacifiquement contre la vie chère. De l'autre, des violences, des bâtiments publics attaqués, des commerces pillés, des affrontements avec les forces de l'ordre. Vous êtes aujourd'hui directement mis en cause par le gouvernement Laurent Nuñes le premier. Nous allons revenir sur cette journée. Ces violences urbaines sur les méthodes de la police que vous dénoncez également puis sur la manière de sortir de cette crise. Tout d'abord, une question simple Jean-Luc Mélenchon, comment vous caractérisez, comment vous qualifiez la journée d'hier ?

Jean-Luc Mélenchon. Écoutez, je suis comme tout le monde sous sous le choc des images. Alors, il y avait déjà les étudiants, les lycéens, sous le choc des violences policières et puis maintenant voilà les commerçants. Et mon expérience des situations de crise me font dire que ce qui compte avant tout, c'est de maintenir une capacité de discernement de sang froid. Donc mon premier message c'est n'écoutez pas le discours du premier ministre quand il dit "entre les pillards et les policiers il faut choisir son camp". Le mot camp est détestable dans cette affaire. Et monsieur Bardella a repris la même expression.

Non, pour moi le choix n'est pas là. Le choix, il est entre une population, sa jeunesse dans une crise très profonde, morale, psychologique, économique et un gouvernement qui joue tout le temps la même méthode, le pourrissement. Car voyez-vous, si vous regardez les personnages, ce sont les mêmes que pour les gilets jaunes, ce sont les mêmes que pour la répression aux Antilles récemment. Ce sont les mêmes avec toujours les mêmes méthodes : le pourrissement, puis une violence aveugle pour essayer de faire peur à tout le monde. Alors bon, le plus urgent...

Margot Haddad. Face au pillage, c'est un peu compliqué. Face au pillage c'est un petit peu compliqué. Il faut réagir. Il faut une manière de réagir face à ces pillages qui sont incessant dans la nuit.

Jean-Luc Mélenchon. La manière de réagir, c'est d'empêcher qu'il y ait des pillages. Donc le maintien, de ce qu'on appelle l'ordre, hein, la sûreté publique, c'est une technique, c'est un métier. C'est pas on prend des gens et on compte sur la brutalité pour parce qu'on pense que la brutalité c'est efficace, c'est une technique. Comment on organise ? Comment on fait ? Regardez le préfet de police Grimaud en 1968. Un mois de voilà ... on peut parler de violences qui étaient quand même extraordinaires.

Margot Haddad. Il y avait quelques pavés qui v(olaient)...

Jean-Luc Mélenchon. pas un mort. Ah non, quelques pavés ? Tous les pavés ! Il y avait plus un arbre euh dans les rues où il y avait les manifestations. Toutes les voitures avaient été incendiées, tous les commerces. Il y a pas eu un mort. Et, les chefs du syndicat de police, à l'époque avaient une morale républicaine en acier. Et, c'est eux qui disaient "frapper un homme à terre, c'est se déshonorer." Ils parlaient pour leur profession. Donc vous voyez euh le fond de l'affaire c'est d'empêcher qu'on en arrive à ce point. Et là on a fait exactement le contraire. C'est-à-dire qu'il ne se passe rien pendant plus de 10 jours et puis tout d'un coup c'est des policiers à toutes les portes des lycées. Commencent des violences de toutes sortes et on est parti dans un cycle qui est celui du pourrissement.

Et là voyez-vous ce soir je suis inquiet parce que le président de la République va prendre la parole à 20h. Alors donc il aura fallu toutes ces violences pour qu'on entende le son de sa voix. Il, en quelque sorte, valide le scénario, le plus nul qu'on a entendu, qui est de dire : "ah bah faut vraiment taper fort pour qu'il se passe quelque chose", premièrement. Deuxièmement,

Margot Haddad. donc c'est la faute du gouvernement, vous êtes en train de dire

Jean-Luc Mélenchon. totalement. Il n'y a que lui qui est responsable de tout ça parce que le désordre fait partie, comment dire, des événements de la vie en société. Toutes les sociétés sont en proie à des pulsions, des tensions et c'est pourquoi on organise la démocratie, on organise le débat et on organise le maintien de la tranquillité.

Margot Haddad. Et les casseurs, les pilleurs, c'est des pulsions ?

Jean-Luc Mélenchon. Bah écoutez, vous connaissez un seul pays où il n'y en a pas jamais où il y en a jamais ? On fait la la poussée à à l'extrême, elle existe partout. C'est pour ça qu'on a des sociétés organisées avec des règles, des lois, des assemblées et que il y a des policiers. Enfin, écoutez, si on ne s'attendait pas à ça, pourquoi a-t-on recruté 100 000 policiers et 150 000 gendarmes ? C'est-à-dire 250 000 personnes dans ce pays sont censées s'occuper d'organiser le fait qu'il n'y ait pas de désordre. Permettez-moi de vous dire qu'il est tout à fait étrange. Comment ont-ils pu ceux qui dirigent se tromper à ce point ?

La date du 17 octobre, elle est présente dans dans mon calendrier depuis le 3 septembre. C'est-à-dire qu'on sait depuis le début du mois de septembre et rien n'est prévu ! Et qui est là ? Monsieur Nuñes ? Qui est l'homme qui a organisé les services de renseignement dans notre pays, qui en était le dirigeant. il a rien vu. Et alors qu'il est capable de mettre 14 000 personnes dans la seule ville de Paris pour accueillir dignement le pape et en toute tranquillité, là il y en a 10 000 pour toute la France. Alors quel amateurisme est là en place ?

Margot Haddad. Dans cette, ... vous voyez dans cette violence des reporters nous disaient très clairement, hier, lors des manifestations, que les policiers eux disaient aussi qu'ils n'avaient pas envie d'aller à l'affrontement mais qu'ils étaient, ils se sentaient, obligés de répondre à ce qu'il se passait.

Jean-Luc Mélenchon. Bah je suppose qu'ils ont reçu des ordres. Enfin, ils ne font pas ça. De toute façon, quelle est votre question ? Je ne suis pas moi, je ne suis pas commissaire de police, je ne suis pas ministre de l'intérieur et le maniement de la technique de maintien de la sûreté est pas mon mon métier, mon fait. Moi, je suis capable d'analyser politiquement. Je dis que tout ça était hautement prévisible au bout de 10 jours de de pourrissement et plus et puis dans une situation de mécontentement parce que quand même le fond de l'affaire, et peut-être qu'on va apprendre quelque chose à ce sujet ce soir avec le président de la République, peut-être va-t-il y répondre.

Le fond de l'affaire, ce sont les revendications, la vie chère, les gens n'en peuvent plus. Et puis la situation des lycéens, leur vie scolaire est est infernal. Et puis la situation des étudiants, nous sommes dans un pays dont on peut avoir honte où nos jeunes gens qui sont à l'université font la queue pour aller au restaurant à 1 € et d'autrefois c'est à la soupe populaire. Par conséquent, il ne faut pas perdre de vue ça sinon et bien on entre, comment dire, dans l'indifférence à l'égard des souffrances populaires et c'est elles qui sont le sujet de la situation.

Accusations du gouvernement 6:15

Margot Haddad. Le gouvernement vous reproche, Jean-Luc Mélenchon, d'attiser les tensions ou en tous les cas de ne pas avoir su calmer une partie de cette jeunesse qui vote pour vous. Vous leur répondez quoi ?

Jean-Luc Mélenchon. Bah c'est absolument incroyable de quel droit il se mêle. Pourquoi moi ? Enfin, il y avait pour appeler à la manifestation du 17 octobre les gilets jaunes, tous les syndicats d'étudiants, tous les syndicats de lycéens et deux confédérations syndicales dont la CGT qui est pas une organisation irresponsable. Alors, ils s'en prennent à moi. Pourquoi ? Parce que ils préparent en réalité l'élection présidentielle. Il y a que ça qui les intéresse. C'est pas la situation quotidienne des gens. Moi, mon point de vue est totalement différent. Mon point de vue, c'est que nous avons nous intérêt à ce qu'il y ait une issue positive à ce qui vient de se passer.

Or, le président joue le pourrissement. Pardon, laissez-moi préciser ce point. Il prend la parole ce soir. Pourquoi ? Parce qu'il s'en va pour 4 jours aller nous impliquer dans une guerre qui ne nous intéresse pas dans le golfe. Et il nous laisse pendant ces 4 jours dans les mains de Nuñès, Lecornu et de gens qui sont des spécialistes de la pagaille organisée. Et va-t-il ce soir régler au moins

Margot Haddad. C'est aussi une réponse... sur les carburants la vie cher, c'est aussi une réponse de se déplacer à l'étranger.

Jean-Luc Mélenchon. Bah ah bon ? Vous pensez qu'il va chercher de l'essence ? Vous plaisantez ? C'est pas ça qu'il va faire. Il va expliquer aux Saoudiens pourquoi nous allons nous installer le long de leur pipeline pour les défendre avec eux, à ses amis des Émirats Arabes Unis, je ne sais quoi. Non, tout ça n'est pas de la maîtrise de la situation et nous avons besoin de maîtrise de la situation. Je le redis, si on joue à nouveau un épisode de pourrissement, le président n'est pas là. Donc on ne répond à rien. Et bien ce que vous êtes en train de voir ce soir sur la place de la République pourrait se répandre.

Écoutez ce qu'a dit monsieur Bauer sur votre chaîne il y a un instant. Il a dit que la composition sociale des gens interpellés montrait que c'était dans cette affaire des symptômes de l'exaspération populaire de la misère. Je ne donne pas raison à la méthode, c'est le contraire madame. C'est moi qui dois m'expliquer lorsque il y a de telles méthodes. Alors que j'ai toujours appelé à la non violence. Écoutez, entre le début du mois de septembre et l'heure à laquelle nous nous parlons, j'ai déjà fait 10 fois un discours sur la nécessité d'en recourir à la non violente. Est-ce que vous connaissez un seul responsable syndical ou politique qui en est fait autant que moi dans ce domaine ?

Vous voyez, par conséquent, voici ce dont nous avons besoin, monsieur Macron, puisque vous partez faire vos courses et chercher de l'essence comme on vient de me le dire. Et bien, avant de partir, vous devez répondre à la demande populaire. Cherté de la vie, bloquer les prix. Les revendications des étudiants, c'est simple à régler. Inscrivez les 10 milliards dans le budget qui arrive là puisque justement c'est la session budgétaire et supprimé ParcourSup. Pardon de vous dire que c'est ça qu'il avait fait pour les gilets jaunes quand on était arrivé au point où c'était la bataille généralisée.

Et je fini, il ne faut pas les oublier les commerçants, il faut les indemniser tout de suite.

Commerces pillés et bâtiments publics 9:14

Margot Haddad. Les commerçants justement euh, pour l'instant on part du principe que ce sera les contribuables qui vont payer notamment la note. Quand on voit ce qu'il se passe dans les rues de Paris ou dans les autres grandes villes, ces commerces qui ont été pillés, certains commerçants qui ont tout perdu, des symboles de l'État également qui ont été attaqués.

Jean-Luc Mélenchon. Bien sur, ce sont des choses légèrement différentes mais je vous ...

Margot Haddad. alors pourquoi c'est différent pour vous ?

Jean-Luc Mélenchon. Ah bah parce que dès qu'on touche au symbole du collectif, on parle d'autres choses. Aller mettre le feu à la mairie de Limoge, c'est un crime parce que c'est c'est notre symbole collectif. C'est la maison du peuple, elle est à tout le monde. Et la même chose pour la mairie de Marseille qu'on a laissé à l'abandon ! Je veux dire, le maire s'est retrouvé tout seul euh, avec des gens qui essayaient qui ont enfoncé la porte avec un bélier. Enfin bref,

Margot Haddad. vous le condamnez très clairement.

Jean-Luc Mélenchon. Mais ça c'est toujours le grand mot. condamner. Allez, d'accord, je vais condamner. Ça change quoi madame ? Dites-moi, qu'est-ce que ça change ? Et est-ce que monsieur le président de la République, est-ce que monsieur le ministre de la police va dire que lui il condamne ceux qui ont tiré à vous portant sur un jeune homme en lui détruisant la figure et l'œil crevé et l'autre œil crevé et la mutilation à moi. Oui, on demande sans cesse.

Margot Haddad. Il y a des enquêtes à l'IGPN ?

Jean-Luc Mélenchon. Oui, d'accord. C'est ça. Les enquêtes, c'est bien les enquêtes de l'IGPN, mais nous aussi on a une enquête de nous-même sur nous-même ! On connaît le résultat d'avance. Non, soyons sérieux. La vie du pays est engagée dans un moment délicat et compliqué. Je le redis, si le numéro de ce soir du président de la République avant son départ, c'est une nouvelle phase de pourrissement, nous allons aller devant des événements qui finiront par devenir incontrôlables. Or, nous avons besoin de contrôle collectif. Je le redis. Répondez à la vie chère, blocage des prix. Deuxièmement, répondez aux jeunes gens, mettez-leur 10 milliards et supprimez ParcourSup.

Et répondez à la détresse des malheureux. dont les boutiques ont été pillées, à qui il faut d'entrée de jeu verser les sommes qui leur sont nécessaires. Et vous m'avez interpellé en disant "Ah oui, mais voyez-vous, monsieur Mélenchon, tout de même les impôts." Bah précisément, c'est pourquoi il est dit dans la loi que c'est l'État qui est responsable de la tranquillité dans les cas où elle est mise en péril par des actions du type que nous venons de vivre. C'est dans la loi. Par conséquent, c'est pas le moment de venir pleurer. Après, il fallait se demander avant comment faire en sorte que ça n'ait pas lieu.

Or, précisément, c'est ce que n'ont pas fait les responsables de la sécurité publique.

Appel au calme et double discours 11:41

Margot Haddad. Il y a eu encore euh des débordements notamment aujourd'hui, place de la République, des casseurs en majorité qui étaient sur place. Est-ce que vous appelez ce soir, vous êtes candidat à la présidentielle, est-ce que vous appelez ce soir au calme de manière très claire ou est-ce que vous appelez à ce que ça continue, qu'il y ait d'autres manifestations ?

Jean-Luc Mélenchon. Bah, il y a un malentendu entre nous, je vois, on ne se comprend pas. Le mouvement s'appartient à lui-même depuis le début. À aucun moment, les insoumis n'ont donné d'autres consignes que des consignes de rassemblement quand c'était dans un cadre comme c'était pour le 17 octobre avec les syndicats de jeunes et les syndicats de salariés. Et puisque vous m'en offrez l'opportunité, je vais dire que je souhaite que ce cadre, se rencontre, que nous puissions y venir, nous autres, les les partis politiques, les organisations politiques qui est don parce que je vous signale que ça fait maintenant 3 semaines que les députés insoumis et les élus insoumis de toutes sortes vont s'interposer entre les policiers, les étudiants pour faire en sorte que on revienne au calme.

Donc ça commence à bien faire pour nous aussi. La fatigue, elle est là. Et je pense que nous avons besoin de ce cadre, un cadre unitaire qui donne des orientations, qui donne des dates sur lesquelles on s'entend tous. Mais nous ne dirigeons pas le mouvement populaire, il se dirige lui-même par ses syndicats et ses assemblées. J'y tiens madame parce que sinon on mélange tout. Je ne suis pas la direction et mes camarades ne sont pas la direction de ce mouvement. Ce sont les jeunes gens qui le dirigent et les syndicats. Quant à nous, nous dirigeons ce que nous faisons dans les assemblées et en nous interposant, mettez chacun à sa place, sinon c'est la confusion.

Et ce que je demande au responsables de la police et au ministres et surtout au premier ministre, c'est qu'ils veuillent bien cette fois-ci arrêter la méthode calamiteuse qu'ils appliquent depuis maintenant les gilets jaunes. Parce que c'est depuis les gilets jaunes que toutes les crises sociales sont réglées de la même manière, le pourrissement et la violence policière.

Margot Haddad. Mais quand vous voyez concrètement certains responsables politiques de vous accuser d'une sorte de double discours, c'est le cas de Sébastien Lecornu qui l'a dit hier très clairement que c'était votre responsabilité politique. Je rappelle ces mots. On ne peut pas appeler à cesser les violences tout en fournissant des excuses à ceux qui les commettent. C'est votre responsabilité politique. Il dit assez clairement Jean-Luc Mélenchon en fait souffle les chauds et le froid. Il appelle à la colère et en même temps il dit il faut se calmer du côté des casseurs. Vous vous mettez où la jauge de manière très claire ?

Jean-Luc Mélenchon. Tout ça c'est une c'est de la politiille. C'est un pauvre type qui est à la tête d'un gouvernement où il ne contrôle plus rien, même pas ses propres ministres où plus personne ne défend rien du tout. Ils attendent que ça se passe jusqu'au mois d'avril prochain où il y aura l'élection présidentielle puisque hélas on ne pourra pas l'avoir avant. Donc au moins réglons dans l'immédiat le problème qu'on a et faisons cesser la situation de tension. Quant à moi, et bien je joue le rôle que qui ne comporte aucun mystère. Je suis le candidat du mouvement insoumis dans cette élection et puis le reste du temps, je suis un théoricien, je suis un praticien de l'action politique.

J'appelle bien sûr à combattre ce régime, bien sûr. Alors qu'est-ce qu'il faudrait faire madame ? Se taire ? Et dire oui, merci tous les 5 minutes ? Non, la démocratie, le concept même de la démocratie, c'est l'organisation de la contradiction. Des sociétés humaines unanimes ça n'existe pas, sauf dans les dictatures. Par conséquent, nous sommes tous, nous devons occuper le rôle qui est le nôtre. Mais quand vous avez en face de vous un interlocuteur, quoi que vous lui disiez, quoi que vous fassiez, quelle que soit votre organisation, il vous répond de la même manière. "Je m'en fous." C'est ce que fait monsieur Macron.

Margot Haddad. Est-ce que Est-ce que vous appelez ce soir à une forme...

Jean-Luc Mélenchon. Vous voulez à tout prix que je lance des appels ! Vous ne me voyez que dans ce ...

Margot Haddad. ... une forme de démission et ce que vous appelez une démission du gouvernement.

Jean-Luc Mélenchon. Pourquoi je ferai ça ? Pour leur faciliter la vie. Mais monsieur Macron s'en va demain. Demain matin, ce soir, il va parler pour nous occuper. Il s'en va demain. Donc tout ça n'a pas de sens. qui ne va rien se passer. Cet homme joue une nouvelle fois le pourrissement. À moins que demain ou ce soir, c'est ce soir hein, il nous annonce que il va il répond aux revendications. Alors on sera dans une autre phase. Vous comprenez ? Quand la vie politique s'embrase, il y a des phases, des étapes. Il ne faut pas en rater une parce que sinon la suivante est encore pire que la précédente et ainsi de suite. Si bien que moi, j'attends de lui qu'il fasse ça demain, qu'il ne joue plus le pourrissement, qu'il le comprenne.

C'est la France ici. C'est un pays qui a des habitudes extrêmement tumultueuses. C'est pas la première fois dans son histoire. Moi, je dois en être à ma 5e ou 6e expérience.

Margot Haddad. Vous dîtes : "La gauche née de la conflictualité." ?

Jean-Luc Mélenchon. C'est-à-dire que la conflictualité est dans la vie et ce n'est pas moi qui l'ai inventé. Celui qui s'en a perçu, c'est au 5e siècle avant notre ère, c'est Démocrite qui dit "La conflictualité est la mère du futur." Ça veut dire c'est dans les contradictions du moment que la vie se réorganise et va dans d'autres directions. Là, il y a la possibilité de réorganiser la vie et de la faire aller dans une direction positive. au moins éteignez le feu de la revendication puisque nous sommes à peu près tous d'accord pour dire que les revendications sont fondées. Enfin madame, quand on parle de la vie chère, on parle pas d'un état d'âme, on parle de 9 millions de gens qui sont dans la pauvreté, on parle de gens qui ne mangent plus à leur fin.

On parle de gens qui sont enfermés chez eux parce qu'ils ne peuvent plus sortir à cause du prix de l'essence. Voilà de quoi on parle. On n'est pas en train de régler un problème de caractère ou de bonne entente entre nous.

Nature de la crise sociale 17:04

Margot Haddad. C'est un mouvement comme un autre ce qu'il se passe ?

Jean-Luc Mélenchon. Non, c'est beaucoup plus profond. C'est le résultat de 10 ans 10 années désastreuses où un homme a par idéologie. S'est imaginé que, en désorganisant l'État, les services publics, le marché et l'entreprise privée allaient remplacer tout le monde. Rien de tout ça ne s'est produit. Si bien que nous les Français qui sommes qui avons construit notre pays autour de l'État, nous sommes dans un état de désarroie total. Il y a rien qui marche.

Margot Haddad. Donc Emmanuel Macron est le seul responsable pour vous.

Jean-Luc Mélenchon. Le seul ce serait lui donner beaucoup de d'honneur. Non, lui et toute son équipe, tous ces gens qui ont accepté ce système. Mais fondamentalement, il a une responsabilité politique, c'est clair, très importante. D'abord de s'être moqué du monde. Il a fait un livre, il appelait ça "révolution". Il voulait faire à l'époque, on savait pas que ça existait le Milei du moment.

Margot Haddad. C'est quoi la révolution pour vous Jean-Luc Mélenchon ? C'est ce qui se passe actuellement ou pas ?

Jean-Luc Mélenchon. Non, c'est bon. Là, ça nous lance dans des discussions, vous savez, c'est un sujet qui a été qui a été discuté... À gauche pendant des décennies. Je pense que c'est un processus dans la durée où un système est remplacé par un autre. Tout l'art consiste à gérer cette transition. Alors, les uns veulent régler ça à coup de pied. C'est pas ma vision des choses. Moi, je crois aux élections, je crois à ces choses-là. Je crois au dialogue, je crois au vote. Alors, il y a une majorité, il y a une minorité. Voilà. Et puis d'autres pensent que c'est l'action directe qui permet de régler ça.

Ce débat continue d'une certaine manière. Vous me voyez là moi en face de vous en train de répondre d'agissements et de comportements auxquels je n'ai jamais adhéré et auxquels je n'adhère pas davantage aujourd'hui. Voilà pourquoi, en définitive, je ne me laisse pas obséder par des schémas idéologiques. Je pars de l'expérience que j'ai de la vie politique maintenant depuis un moment et puis comme tout le monde le sait, je viens d'une famille de pieds noirs. Par conséquent, ma vie politique a commencé à l'âge de 5 ans avec l'indépendance du Maroc et des luttes pour cette indépendance.

Voyez-vous, je n'arrive pas à cet instant et donc je vois ce qu'il est possible d'éviter, ce qu'il est possible de bien diriger. On peut, je le redis en en m'adressant à mes compatriotes, notre jeunesse a besoin qu'il y ait une bonne fin à cette séquence. Ces revendications doivent être entendues. Monsieur Macron a été capable de lâcher 10 milliards aux gilets jaunes. Qu'est-ce qui l'empêche d'en faire autant avec la jeunesse ? Là, nous parlons de notre futur à tous.

Margot Haddad. La dette et les intérêts peut-être Jean-Luc Mélangeon. La dette et les intérêts qui n'est pas la même que ...

Jean-Luc Mélenchon. Ah oui, mais c'est lui qui l'a créé. Il peut pas avoir non plus au tirage au grattage tout le temps raison. Non, mais bien sûr la dette ses intérêts. Et alors, nous parlons de 10 milliards, vous savez combien de dette ? 3 500 (milliards). Alors, commençons pas à faire les des économies de de bout de chandelle. Il faut répondre, je le redis, notre plus grande richesse et là ! Nous n'en avons pas d'autres. La matière grise et l'enthousiasme de la jeune génération.

Police et maintien de l'ordre 19:58

Margot Haddad. Est-ce que la police fait partie de nos richesses ?

Jean-Luc Mélenchon. Euh richesse, non, je dirais pas ça. Elle remplit, elle a un métier et elle obéit. Alors, elle reçoit des ordres aberrents. Le obéit a des ordres aberrents comme ce fut le cas. Non mais pardon mais il y avait pas besoin d'être un aigle en en organisation pour comprendre que quand vous mettez 3 jours à donner un trajet avec un point de départ et un point d'arrivée 3 jours. Il a fallu au préfet pour finalement prendre la décision. Lui n'y connaît rien. Il vient d'un cabinet de chez monsieur Macron.

Margot Haddad. Mais c'est de l'incompétence ou c'est involontaire ?

Jean-Luc Mélenchon. L'incompétence totale. Alors après peut-être moi je me lancerai pas dans les les grandes théories. J'ai trouvé curieux de voir des policiers en train de jeter des pierres sur leurs collègues euh tout ça. Mais je m'en tiens aux faits, on donne comme point de départ la place de la République. La manif a pas commencé que déjà l'accès est impossible parce que on a tiré des gaz de tous les côtés au point que comme nous avons des oreilles très grandes, nous savons que les policiers n'avaient plus de grenades. Ils ont donc terminé à asperger les gens. Donc le point de départ : impossible de partir ensemble.

Margot Haddad. Pour les grenades vous en voulez pas non plus Jean-Luc Mél... Les grenades vous en voulez pas non plus ? les grenades de desencerclement, c'est pas trop votre truc...

Jean-Luc Mélenchon. Attendez, attendez une chose après l'autre, je ne comprends pas votre question. Je commence donc par terminer ma réponse. Donc par la pratique, on a donc éparpillé les gens. On arrive à se regrouper. Boulevard Magenta. Ça monte là tout tranquille. On arrive place de Clichy, c'est ça le point d'arrivée, c'est trop petit. Donc les gens se répandent à nouveau dans les rues. Tout ça c'est de l'incompétence dans la technique du maintien de l'ordre. Comment voulez-vous que je vois ça autrement que en connaisseur ? disant mais ils sont fous pourquoi ils font ça ? On dirait qu'ils veulent le désordre mais je ne vais pas jusque là.

Je me contente de dire qu'ils sont incompétents. Quand on met 10 000 policiers pour tout le pays et que on s'appelle monsieur Nuñès, ancien chef du renseignement, comment on fait pour ne pas savoir que ça va être une vague de fond ? Comment on fait pour ignorer tout ça ? C'est donc de l'incompétence ajouter l'un à l'autre des chefs qui n'ont pas la bonne ligne, qui savent pas comment faire. Après, bien sûr que je suis contre les grenades, madame. Dans toute l'Europe, l'essentiel des pays interdisent l'usage de tels outils, de telles grenades. Et nous les Français, on commence par nous dire nous avons demandé, arrêtez, arrêtez de faire ça, le risque est trop grand éborgné, mutilé, ...

On on veut pas courir ce risque. Alors, on nous répond. Le président paraît-il s'est fâché et monsieur Nuñès, garde à vous, a dit "Bon ben très bien, il y aura plus de grenade de désencerclement." Il attend même pas 48 he pour dire "Ah ben si, finalement il y en aura quand même." Et donc le danger revient, c'est une aberration. On ne fait pas du maintien de l'ordre puisque c'est comme ça qu'on l'appelle avec des méthodes pareilles, avec des armes qui sont interdites dans d'autres pays. Pas d'armes, ils disent quasi létal. Non, mais c'est trop. Il ne faut pas faire ça. Vous avez des pays où les policiers n'ont même pas une arme.

C'est le cas en Angleterre. Ils viennent là. Alors, les gens se disent "Oh les malheureux, comme ils ont rien sur eux, on va quand même faire ce qu'ils nous disent."

Margot Haddad. Bah les Britanniques n'aiment pas trop leur police, hein ?

Jean-Luc Mélenchon. Oui, mais bon le dans le système qui est le nôtre, c'est comme ça que ça se passe. Et moi, je vais vous dire hein, on en a aussi marre nous de faire le service d'ordre. OK ? Parce que si on ne peut faire de manifestation maintenant que si on garantit qu'il n'y aura pas le moindre de débordement, nous ne sommes pas une police, nous n'avons pas une armée, nous n'avons pas des troupes. Et pourtant, c'est ce que nous faisons, le syndicat CGT, nous LFI, vous savez combien de monde on déploie dans une manif comme l'autre jour ? C'est plus de 200 personnes qui sont là. Et qui sont ces 200 personnes ?

C'est des gens comme vous, comme eux qui nous filment en ce moment, des gens du commun qui viennent là pour donner le coup de main, pour empêcher que ça dégénère. Mais on pourrait quand même attendre des policiers qu'il fassent autre chose que de tirer dans le tas.

Margot Haddad. J'aimerais qu'on revienne sur cette notion d'incompétence que vous avez souligné Jean-Luc Mélenchon.

Jean-Luc Mélenchon. Oui.

Margot Haddad. S'il y a une notion d'incompétence, ça veut dire qu'ils savaient qu'ils étaient incompétents pour vous. Est-ce que c'est volontaire ?

Jean-Luc Mélenchon. Ah ben c'est toujours le propre des incompétences, c'est qu'en plus ils sont arrogants, c'est-à-dire qu'ils pensent qu'ils ont raison et qu'ils savent tout mieux que tout le monde. Tout à l'heure, je vous ai donné, pardon, je rentre dans la technique parce que par la force des choses, j'ai dû apprendre. Quand on ne vous donne pas le lieu de rassemblement jusqu'à la veille, il y a une chose que vous pouvez pas faire, c'est empêcher les voitures de se garer.

Margot Haddad. Donc c'est un calcul politique en réalité.

Jean-Luc Mélenchon. Ah ben ça c'est vous qui le dites. Moi si je dis ça, mais attendez, je dis il faut éviter la brutalité, la violence et le reste et on me répond c'est vous qui y appelez. Alors si jamais je me je me mêle de dire ils le savaient, ils l'ont fait exprès, on va dire que je suis un complotiste. Non, je me contente d'observer que du point de vue de ce que savait faire la police dans notre pays il y a encore 30 ou 40 ans, ils ne savent plus le faire et que c'est n'importe quoi. Je rappelle, il y a 250 000 personnes embauchées dans ce pays pour être policiers ou gendarmes et le jour où va se manifester l'une des plus puissantes éruptions sociales, ce que tout le monde sait avant, il y en a plus que 10 000 à mettre pour tout le pays.

Il y a un problème de compétence soit du renseignement, soit des exécutants.

Margot Haddad. Beaucoup disent qu'ils sont épuisés ces policiers. Vous le comprenez ?

Jean-Luc Mélenchon. Non, mais est-ce que vous vous comprenez que c'est pas une raison ? Est-ce que vous diriez un jour les pompiers viennent et disent écoutez aujourd'hui on est crevé, on en peut plus ?

Margot Haddad. parce qu'on a pas de moyens. C'est aussi ce qu'ils disent.

Jean-Luc Mélenchon. Mais quand on est 250 000, on a les moyens. Si on était 1 000 ou 10 000 ou 20 000 ou 30 000, on pourrait dire "Ah là vous abusez." Bon, ils sont 250 000. Nous sommes à la moyenne paraît-il mais il y a des régions, j'aime mieux vous dire qu'on est au-delà de la moyenne. Non, tout ça est organisé en dépit du bon sens. C'est au point que des gens comme vous peuvent me poser à moi la question de savoir s'ils l'ont fait exprès ou pas. Et ben, je vous laisse la question sur les genoux. Débrouillez-vous avec. Moi, je me contente de dire que c'est de l'incompétence mais je le rappelle au milieu de tout ça disparaît le fond de l'affaire.

Les gens ont faim. Les gens ont besoin de pouvoir mettre de l'essence à un prix possible pour sortir de de chez eux. Les gens ont tous les problèmes de la terre. Aucun n'est réglé. Et on règlerait ça par une discussion entre monsieur Lecornu qui reproche à monsieur Mélenchon d'avoir appelé les gens à quoi ? À s'opposer. Où est le crime dans une démocratie ?

Slogans et violences en manifestation 26:00

Margot Haddad. Et que viennent faire des slogans comme ACAB, All Cops Are Bastards, tous les flics, il faut le dire parce que c'est comme ça que ça se traduit, sont des bâtards. Est-ce que ça a sa place dans des manifestations pour vous ?

Jean-Luc Mélenchon. Bah oui, tous les slogans ont leur place. Vous savez, je peux vous chanter Mort aux vaches, mort à la sûreté etc. Ça fait 100 ans que ça dure. Vous vous savez qu'on est en France ici, vous savez comme moi, vous les connaissez, ils sont comme ça. Et puis il y a un rapport à l'autorité qui a toujours été paradoxal. C'est-à-dire qu'à la fois on en veut et d'un autre côté, on la supporte pas. La France est comme ça. Mais c'est ça, c'est bon. Ils sont à la fois capables d'être moqueurs, d'être des fois insultants et en même temps de savoir se regrouper.

Margot Haddad. Et vous le reprenez pas à votre compte Jean-Luc Mélenchon.

Jean-Luc Mélenchon. Si pardon, mais si on ne comprend pas le pays dans lequel on vit, c'est pas la peine de demander à le gouverner. Il faut aller gouverner là où ça correspond à à vos manières d'être. Il faut comprendre le tempérament français. Et puis là, les gens sont d'une patience inouie. Vous vous rendez compte de ce qu'ils endurent. Moi, ma situation matérielle est extrêmement favorable. euh je pourrais être chez moi les pieds dans mes pantoufles. Mais si je décide comme d'autres de me mettre en mouvement, c'est parce que je sais que la vie est devenue insupportable pour le commun des mortels et d'abord j'ai pas besoin d'aller bien loin.

Dans ma propre famille, je vois la tension, la misère se répandre autour de nous alors qu'il y a une richesse incroyable qui est accumulée dans ce pays.

Margot Haddad. Et vous le reprenez pas à votre compte ? J'aimerais vous reposer cette question Jean-Luc Mélenchon "ACAB". Est-ce que vous le reprenez à votre compte ?

Jean-Luc Mélenchon. Ça dépend des jours et des heures.

Margot Haddad. C'est vrai ?

Jean-Luc Mélenchon. Oui, bien sûr. Je suis comme tout le monde et vous racontez pas d'histoire. Vous en êtes au même point le jour où vous trouvez

Margot Haddad. Moi ?

Jean-Luc Mélenchon. Oui. Oui.

Margot Haddad. Qu'est-ce que je viens faire là dedans ?

Jean-Luc Mélenchon. Parce que vous êtes comme tous les Français et les Françaises. C'est-à-dire qu'il y a des moments où comme on dit vulgairement c'est trop quoi. Alors là, à ce moment-là, par exemple, si vous plantez un clou et que vous ratez le clou avec votre marteau et que c'est sur votre doigt,

Margot Haddad. je vais m'énerver sur moi-même, je pense.

Jean-Luc Mélenchon. Certainement. Et surement que vous diriez des choses que vous regretterez de sang froid. Non, prenez la vie dans sa simplicité et dans voilà comme elle est. N'allons pas faire de je ne sais quel slogan, l'affaire du siècle. Mais alors, qu'est-ce que vous voulez ? Pas de manife, des gens bien sages, bien en rangs, bien propres, bien et surtout qui disent pas un mot désagréable.

Margot Haddad. Non mais personne pris pour cible, ni les manifestants ni les policiers. Ça c'est une possibilité ?

Jean-Luc Mélenchon. De faire quoi ?

Margot Haddad. Bah que ni les policiers... Ni les manifestants ne soient pourquoi ?

Jean-Luc Mélenchon. Non, la situation n'a rien à voir. Dans le cas des policiers, ça s'appelle les risques du métier. Tandis que quand on parle des manifestants, on parle des droits des citoyens. Voyez, ça n'a rien à voir. Rien à voir.

Margot Haddad. Ils ne prennent pas le risque de manifester ?

Jean-Luc Mélenchon. Mais j'espère bien que non. C'est pas un risque de manifester c'est un droit ! C'est un risque si quelqu'un vient l'en empêcher. Vous pouvez avoir des bandes qui arrivent et empêchent la manifestation. Mettez les choses à leur place. Sinon, c'est la confusion. On n'est pas une grande bande de potes, on est une société organisée avec des gens qui ont un point de vue, des gens qui sont de l'autre. Il y a des gens qui manifestaient hier et puis d'autres qui disaient pas du tout, ça vaut pas la peine de manifester, vous faites des histoires. Ça s'appelle la démocratie, on n'est pas d'accord mais on tâche de cheminer et, par le rapport de force par la démonstration de se convaincre.

Mais c'est ça la vie. Qu'est-ce que vous voulez d'autre ?

Margot Haddad. Mais par exemple des mortiers d'artifice ont été utilisés par certains manifestants

Jean-Luc Mélenchon. Dîtes, ça va être tout le long ? Notre entretien va porter sur ... mais qu'est-ce que ... j'ai pas pris de "mortiers" d'artifices, je sais même pas ce que c'est !

Margot Haddad. Je vous pose la question. Je vous pose la question quand vous le voyez, on l'a vu sur les images, et je la pose à tous les responsables politiques Jean-Luc Mélenchon, très honnêtement c'est-à-dire que si j'avais eu Marine Le Pen en face de moi, je leur posé la même question mais des mortiers d'artifices qu'on a vu dans les rues, certains vous disent bon bah c'est disproportionné est-ce que vous êtes d'accord avec cela ou pas ?

Jean-Luc Mélenchon. Attendez mais vous n'aurez évoqué que ça est-ce que qu'est-ce que vous pensez d'un tir à bout portant dans la figure et les dents d'un jeune d'un garçon ou crever un œil volontairement. Qu'est-ce que vous en pensez ?

Margot Haddad. Ah ben tout est condamnable.

Jean-Luc Mélenchon. Et ben alors donc moi j'en suis au même point que vous. Celui qui viserait à comment dire l'intégrité physique de tel ou tel policier, je dirais mais bon qu'est-ce que ça veut dire ? Comment tu fais ? Parce qu'après c'est moi qui doit passer une heure devant un journaliste pour expliquer pourquoi si ça oui ça non ça oui ça non et puis ça n'en finit pas et moi je dois répondre d'une stratégie que j'ai jamais approuvé. Alors après, écoutez, je suis aussi obligé de me sentir solidaire, parce que c'est quand même ça la situation, de ces milliers de jeunes gens et de gens qui étaient moins jeunes qui étaient dans la manif qui venaient là tranquillement desbonairement et puis qui se retrouvaient gazés, attaqués de tous les côtés, matraqués.

Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

Margot Haddad. Mais vous entendez ces manifestants qui disent "On nous a volé notre manifestation ?"

Jean-Luc Mélenchon. Ah ben bien sûr. Mais qui leur a volé la manifestation Ben ceux qui ont gazé tout le monde au point de transformer tout ça en une cohue et puis ceux qui ont profité du désordre pour passer à d'autres actions avec lesquelles moi je suis pas d'accord et que je perds mon temps à me justifier ici de choses que je n'ai jamais voulu puisque j'ai dit toujours, d'ailleurs en a qui m'en veulent et qui disent "oui Mélenchon c'est un modéré il veut pas..." non j'ai dit ce que j'avais à dire je soutiens le mouvement de la jeunesse et des étudiants et je soutiens leurs revendications après me demandez pas de soutenir je sais pas quoi

les mortiers, les machins, tout ça, c'est pas mon affaire.

Espoir et inquiétude 31:02

Margot Haddad. Mais j'arrive pas à savoir depuis tout à l'heure si j'ai un Jean-Luc Mélenchon plein d'espoir ou plein d'inquiétude.

Jean-Luc Mélenchon. Les deux. Plein d'espoir parce que ces jeunes gens sont assez extraordinaires. Ça, ça m'a rempli le cœur de joie parce que j'ai connu les années horribles, les années 90. Alors, on avait réussi à convaincre la jeune génération que le grand rêve de la vie, c'était d'être milliardaire, de faire d'être, vous savez les gens qui font du trading, du fric, quoi. Et je vivais très malheureux cette période me disant ils savent pas qu'ils vont dans le mur. Et puis tout d'un coup, j'ai revu réapparaître une aspiration écologique, collectiviste, solidariste et enfin, je retrouvais mon pays comme je l'aime.

Et puis l'inquiétude, c'est ces gens là qui nous dirigent. Tout ça, tout ça leur passe au-dessus de la tête. Voyez, je suis sympa. Je fais comme si je pensais qu'ils ne savaient pas ce qu'ils sont en train de faire. Mais je ne voudrais pas qu'il convainquent la jeunesse de notre pays qu'aucune voix légale, qu'aucune voix électorale, qu'aucune voix démocratique ne mène nulle part. Parce que j'ai connu des pays où on a convaincu les jeunes que rien ne servait à rien. Et la suite est terrible parce que vous n'empêcherez jamais la cocotte minute de voir la température monter. Il faut donc que la vie normale, c'està-dire les contradictions, des fois avec des excès de langage, d'autres fois avec des langage insuffisant puisse avoir lieu, que la vie démocratique, la vie tout simplement puisse avoir lieu.

Voilà ce qui m'inquiète quand j'apprends que le président après avoir confirmé les deux gugus qui ont planté ce pays, comme on vient de le voir, monsieur Lecornu et monsieur Nuñès, le couple du siècle, nous ont mis dans cette situation. Lui, il s'en va 4 jours. Ça veut dire il va nous faire la leçon de morale demain en disant "La violence est insupportable, au revoir et merci. Je reviens dans 4 jours." Non, président, mettez un terme à cette histoire. Régler les revendications et accepter une fois de remballer avant qu'il soit trop tard.

Demandes au président et couvre-feu 33:05

Margot Haddad. Quelles sont vos trois demandes au président ce soir avant qu'il ne parle ? Quelles sont vos trois demandes ce soir avant qu'il ne parle ?

Jean-Luc Mélenchon. Trois Bon, allez, je le Père Noël, il permet ...

Margot Haddad. Si vous en voulez plus, non ?

Jean-Luc Mélenchon. Non, mais ça va être très simple. Je l'ai dit le blocage des prix, l'annulation de ParcourSup h et l'indemnisation de tous ces pauvres gens qui ont été mis dans situation de faillite hier par ce qui s'est produit. Je prends ces trois-là, je pourrais rallonger ma liste comme vous le devinez. Bon, par exemple, Lecornu pour une fois pourrait faire une chose intelligente qui prennent des modèles dans l'histoire. Qu'est-ce qu'il a fait Pompidou quand en plus De Gaulle était parti ?

Margot Haddad. C'est son exemple hein.

Jean-Luc Mélenchon. Et ben non mais je prends l'exemple Sébastien Lecornu. Oui mais je prends je prends les exemples que je peux moi. Alors en tout cas Pompidou bah il a réunit tout le monde. Et pourquoi faire ? Et bien pour en lâcher un maximum. En une nuit nous avons obtenu 30 % d'augmentation du SMIC. La reconnaissance de la section syndicale j'en passe et des meilleurs dans les entreprises. Vous vous rendez pas compte compte tenu de votre âge de ce que c'était d'apprendre qu'on avait le droit de faire des syndicats dans les entreprises. C'était la révolution. et ben il a lâché tout ça parce que c'était le seul moyen de faire en sorte qu'on revienne à une situation normale.

Et voilà comment il faut faire monsieur Lecornu et c'est ça qu'il faut que vous fassiez maintenant. Donner satisfaction aux revendications. Ce que demandent les gens, ça n'est pas de l'extravagant, ça n'est pas du je sais pas comment vous dire moi. C'est pas la lettre au père Noël, c'est des choses de la vie. ParcourSup est une ignominie. L'état dans lequel sont les bâtiments scolaires, c'est insupportable. Et enfin, les pauvres gens qui attendent après qu'on règle leurs problèmes, il faut les apaiser tout de suite parce que c'est la responsabilité de l'État.

Margot Haddad. Alors, dans la réponse immédiate, certaines personnes ont appelé euh des hier puisqu'ils ont vu que les pillages ont commencé tard dans la nuit à un couvre-feu et à l'état d'urgence. Si c'est annoncé ce soir, quelle serait votre réponse à ça ?

Jean-Luc Mélenchon. "pfff" ma réponse est "pffff" c'est bon. Cataplasme sur une jambe de bois. Mais parce que c'est pas la solution, c'est encore une fois euh Bon, alors très bien, admettons, admettons, c'est l'état d'urgence. Donc à partir de cette nuit, toute la France devient un enjeu partout. Le jeu va consister à faire que le couvre-feu soit pas respecté. Comment vous faites pour le faire respecter ? C'est pas tout. Donner des ordres. Un bon chef se préoccupe non seulement de donner des ordres adaptés. Et qu'est-ce qu'un ordre adapté ? C'est un ordre applicable. Un ordre qui n'est pas applicable ne sert à rien qu'à créer un désordre encore plus grand derrière.

et à désespérer la troupe. Vous allez donc demander à tout à ces 2500 gendarmes et policiers de quadriller tout le pays pour faire en sorte que on éteigne sa lumière à 20h. Tout ça est grotesque. Il faut d'abord régler la cause et après le reste nous sera donné par surcroix. Je vous le garantis.

Margot Haddad. Jean-Luc Mélenchon, vous aimez l'histoire ?

Jean-Luc Mélenchon. Beaucoup, oui, elle sert de leçon.

Comparaisons historiques et légitimité du pouvoir 35:53

Margot Haddad. Si on compare l'époque actuelle à une période historique, ce serait laquelle pour vous ?

Jean-Luc Mélenchon. C'est toujours audacieux, hein, de faire des comparaisons et risqué parce que on a vite fait de vous attribuer. Bon, c'est une période de tension, euh j'en ai vu pas mal dans ma vie, c'est pas la plus euh c'est pas la plus terrible. Bon, les la fin des guerres d'indépendance a été quelque chose. Euh l'arrivée de la 5e République, c'était quand même assez aussi agité. On essayait de tuer le chef de l'État. Ensuite, il y a eu mes 68. Ensuite, il y a eu tout le reste, mais on avait affaire à des gens qui à chaque fois comprenaient où se trouvait le le le point d'équilibre. Quand Malik Ousekine est mort, Chirac qui venait de faire adopter la loi a dit "On arrête tout." Pareil quand il y a eu le CPE, c'était monsieur de Villepin qui était le premier ministre.

Si mes souvenirs sont bons, pareil Chirac a dit stop, on arrête, la loi sera pas promulguée. Pourquoi ? Parce qu'il comprenait que ça allait aller trop loin. C'était ... qu'est-ce que trop loin ? un moment où plus personne ne veut céder ni n'accepte le moindre compromis. C'est toujours ça qu'il faut essayer de sinon ben vous exposer à la suite après ça devient non mais ça devient un pur rapport de force après. Alors bon la vie aussi est faite de pur rapport de force mais vous prenez votre risque. Moi je préfère que les choses comment dire se règlent d'une autre manière. Voilà ce que je peux vous dire sur la comparaison historique.

Margot Haddad. Vous n'avez pas répondu à la question ! Y'a bien une ère historique... Par exemple, on peut parler soit de changement de régime, soit changement de constitution.

Jean-Luc Mélenchon. C'est certain que le là nous sommes dans une crise de régime parce que quand on dit crise de régime c'est euh vous savez il y a quelque chose de fondamental. Les petits malins croient toujours qu'on peut mentir à tout le monde tout le temps. Violer la démocratie se paye en France. En 2005, on a voté non et en 2008, on a décidé que c'était oui. D'autres ont décidé que c'était oui. Résultat, les deux partis qui étaient les organisateurs de la vie politique ont été liquidés. LR d'un côté, le PS de l'autre. Là, le président de la République a décidé de faire des élections anticipées et de ne pas respecter le résultat.

Et il s'est dit bouf, trois quatre combines, je lâchie ici et là, ça va marcher. Non, ça ne marche pas président. Vous en êtes à votre 3e premier ministre en 3 ans hein. Et voilà le résultat. Tout est bloqué. Pourquoi ? Parce que ce pouvoir n'est pas légitime. Il est ressenti par des Français de toutes opinions, hein.

Margot Haddad. Emmanuel Macron a été élu au suffrage universel tout.

Jean-Luc Mélenchon. Oui, mais pas monsieur Lecornu. C'est le contraire que le président est

Margot Haddad. C'est toujours une nomination du premier ministre.

Jean-Luc Mélenchon. Écoutez, c'est fortfaiture de violer la démocratie. C'est forfaiture dire je convoque des élections, je les ai perdu mais je fais comme si je les avais gagné. C'est soi-même se mettre dans une situation d'illégitimité. Madame, ne me demandez pas de dire autre chose. Nous avons immédiatement déposé une motion pour sa destitution puisqu'il avait fait ça et à une voix près, elle arrivait devant l'Assemblée. C'est vous dire que cette instabilité, elle a une origine et le respect qui est porté à un pouvoir, c'est sa légitimité. demander euh à nos compatriotes où on en est. Qui dans ce pays dit que ce président a raison ? Personne.

15 % paraît-il de l'opinion, on gouverne pas avec 15 % de gens qui est qui sont d'accord avec ça. Le principe de la démocratie c'est vous acceptez de perdre. C'est pas d'accepter de gagner. Ça c'est à la portée de tout le monde. C'est d'accepter de perdre. Quand vous avez perdu, vous avez perdu et vous consentez à l'autorité. Dans notre pays, plus personne ne consent à l'autorité. Tout le monde la trouve illégitime, que ce soit l'autorité des impôts, l'autorité des policiers, l'autorité tout ce que vous voulez. L'autorité est mise en compte partout. Peut-on vivre sans que un certain consentement ?

Et ben non, ça s'appelle la démocratie ou sinon faîtes une dictature. Mais la France ne se laissera jamais faire, je pense moi.

Margot Haddad. Merci Jeanl Mélenchon. Darus Rochevin, c'est à vous

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